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[ Rencontre ] Un café avec Yaneck Chareyre, consultant en communication digitale

Consultant en communication digitale, formateur et créateur de contenus autour de la BD, Yaneck Chareyre a fait du neuvième art un véritable levier au service de son métier de communicant. Dans cet entretien, il explique comment les codes de la BD peuvent enrichir le storytelling des organisations.

Yaneck Chareyre, dans ses bureaux, est passionné par l’univers de la BD.

Bonjour Yoann, je suis consultant indépendant en communication digitale, storytelling et bande dessinée. J’accompagne les organisations dans leur stratégie de communication digitale, notamment dans le secteur de l’industrie créative et culturelle. J’anime des formations en social media et je poursuis également une activité de créateur de contenus autour de la BD. Le fil rouge de toutes ces activités est l’idée de raconter des histoires. C’est le storytelling ! Depuis toujours, je suis convaincu qu’une bonne communication consiste avant tout à raconter une bonne histoire, incarnée par des personnages.
Pour revenir sur mon parcours professionnel, j’ai piloté la communication digitale du Groupe Interactions pendant cinq années. Ce fut passionnant ! Puis j’ai décidé, fin 2025, de me lancer comme indépendant pour réunir notamment plusieurs activités que j’exerçais déjà par passion.

À l’âge de trois ans, je demandais sans arrêt à mes parents de me relire l’album La Schtroumpfette. Ils ont fini par enregistrer leur lecture sur cassette avec une petite clochette qui indiquait le moment de tourner les pages. Ils avaient, en quelque sorte, inventé la BD audio ! Depuis, je n’ai jamais quitté cet univers. Je passais mon temps à lire des BD. Je me souviens même d’un voyage en ex-Yougoslavie où, au grand désespoir de mes parents, j’étais davantage occupé à lire mes albums qu’à visiter le pays !
Avec le temps, j’ai découvert des styles très différents. En 2004, j’ai commencé à écrire sur la BD pour un site collaboratif, puis pendant près de dix ans pour un journal spécialisé. Aujourd’hui, je poursuis cette activité sur le site comixtrip.fr, où je réalise des interviews d’auteurs, des analyses et des dossiers de fond. Et en parallèle, j’ai également écrit un scénario de bande dessinée qui a été publié, ainsi qu’un livre d’analyse sur la BD.

Avant tout, le storytelling. Raconter une histoire est un véritable savoir-faire. Cela demande une technique, une construction et une réflexion sur le message que l’on souhaite transmettre.
J’aime beaucoup cette citation de John Truby, scénariste américain : « Dans un récit, sans protagoniste, il n’y a pas d’histoire. » Je trouve qu’elle s’applique parfaitement à la communication. Très souvent, les entreprises parlent de leurs projets, de leurs résultats ou de leurs transformations. Pourtant, ce sont les personnes qui donnent vie à ces sujets. La BD m’a appris à placer l’humain au cœur du récit. Elle m’a également appris l’importance de l’ellipse : savoir ce que l’on montre et ce que l’on choisit de ne pas montrer. En BD, chaque case est un choix.

La première force de la BD est de rendre les messages plus accessibles. Grâce à l’image, on peut expliquer des sujets complexes de manière beaucoup plus simple. Certains codes graphiques sont même universels et permettent de dépasser les barrières de la langue.
La BD permet également d’aborder des sujets sensibles avec davantage de recul. Elle crée une distance qui facilite parfois la compréhension ou l’acceptation de messages difficiles.

Le premier conseil serait de respecter ses codes. Attention aux BD institutionnelles ennuyeuses ! La BD est une aventure. Et c’est entrainant, une aventure. Si elle se contente d’empiler des informations, elle perd tout son intérêt. Créer une bonne BD demande beaucoup de travail : il faut un scénario solide, de bons dialogues, un dessin de qualité, mais aussi maîtriser le rythme et l’ellipse narrative. De fait, produire un objet de qualité nécessite un budget non négligeable
Il faut également choisir le bon format selon le public. Aujourd’hui, par exemple, le webtoon rencontre un énorme succès auprès des jeunes générations. Pensé pour une lecture verticale sur smartphone, il fonctionne un peu comme un fil de réseau social (une case apparaît après l’autre et entretient la curiosité du lecteur).
Enfin, la bande dessinée possède un avantage extraordinaire, celui de n’avoir quasiment aucune limite. En quelques cases, on peut représenter une entreprise de 100 000 collaborateurs ou imaginer la destruction de la planète. Tout devient possible.

Je dirais Maus, d’Art Spiegelman. C’est probablement l’un des meilleurs exemples de la puissance narrative de la bande dessinée. Cette œuvre montre que ce média est capable d’aborder les sujets les plus complexes avec une force émotionnelle et pédagogique exceptionnelle.

Merci beaucoup Yaneck !

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